Souffler n'est pas jouer...
Le vent qui joue avec mes mots choisit mes rimes ;
Taquin, il les emmène par-dessus les cimes,
Téméraire, il les précipite vers l'abîme,
Puis, les rattrape dans sa main – Je crois qu'il frime –
Il change pour un synonyme, un antonyme,
Un homonyme, un paronyme – Soit ! Il s'exprime –
Il sait tout, depuis peu, sur mon désir ultime
Et mêle des sonorités illégitimes...
Ce sont de vieux démons qu'en secret il ranime
Pour caricaturer mon v½u le plus intime
De créer du néant la femme rarissime
A la beauté subtile et au verbe sublime...
De mon poème, il fait un fatras grandissime,
Une farce sans goût, comme une pantomime...
Où j'ai le mauvais rôle, où je suis la victime
De son souffle insidieux – Là, je déprime –
Comment pourrais-je résister à ce régime ?
Qu'on lui envoie illico un chasseur de primes !
Le vent saura que le crime, on le réprime...
Souffler n'est pas jouer, c'est perdre mon estime.